Bibbulmun Track 8-9 : atteindre le wow

Bibbulmun Track 8-9: reaching the wow

Petite histoire de la section 8 : de Collie à Dwellingup

Little story of the section 8: from Collie to Dwellingup

Echange de belles énergies

Trade of great energies

Après une section formidable en compagnie de Steph, mais aussi de Benny et Laura, je reprenais la marche seule cette fois-ci, après juste une nuit à Collie. Steph repartait en voyage, Benny faisait une plus longue pause dans son aventure et Laura s’accordait une nuit de plus à Collie. Je me sentais pleine d’énergie, portée par ces moments superbes passés tout dernièrement et par le confort que j’avais semblé trouver depuis une bonne centaine de kilomètres, mon corps avançant sans douleurs, sans fatigue, semblant en redemander, mon sac me paraissant léger et comme une extension de moi-même, et la vie sur le sentier étant devenu d’un naturel assez incroyable. J’étais chez moi sur le Bibbulmun Track, et j’aimais cette « maison » profondément. Cette joie de savoir que j’étais exactement au bon endroit à ce moment de ma vie me rappelait mon année en Nouvelle-Zélande, et le Bibbulmun Track avait beaucoup accentué mon attachement émotionnel à l’Australie qui avait grandi progressivement dans les deux dernières années passées sur cet immense territoire.

After an amazing section with Steph, but also Benny and Laura, I started again to hike, alone this time, after only one night in Collie. Steph was leaving for more travels, Benny was having a longer break in his adventure and Laura was enjoying an extra night of rest in Collie. I was full of energy, my heart filled with these beautiful moments spent just lately and with the comfort I seemed to have found in the last hundred kilometers or so. My body kept going with no pain, not tired, apparently wanting more. My backpack seemed light and like an extension of me, and life on the track had become incredibly natural. I was home on the Bibbulmun Track, and I loved that home profundly. This joy to know that I was exactly at the right place at this moment in my life would remind me of my year in New Zealand, and the Bibbulmun Track had increased a lot my emotional attachment to Australia, that had grown slowly in the last two years spent on this huge land. 

Après ma première journée de marche sur cette section, j’arrivai à un abris que je partageai avec un voyageur seul, randonnant dans la direction opposée. Cette rencontre eut un sens certain pour moi, et fut porteur d’une leçon importante. En effet, nous avions discuté agréablement dans la soirée, mais j’avais senti un certain niveau de négativité et de frustration chez mon interlocuteur, qui jaillissait ça et là dans la conversation. Me sentant si bien moi-même ce jour-là, ma première réaction semblait être de naturellement me protéger de cette négativité en me retirant délicatement de cette situation. Mais finalement je poursuivis la conversation en gardant le sourire le plus possible, au contraire, et en communiquant mon bonheur d’être sur cette randonnée et de vivre ainsi.

After my first day walking on this section, I reached a shelter that I shared with a solo traveler, hiking in the opposite direction. This meeting made some special sense to me and brought me some important teaching. Indeed, we had chat nicely in the evening, but I could feel a certain level of negativity and frustration on their side, that would appear here and there through the conversation. As I was feeling so good on that day, my first reaction seemed to be to naturally protect myself from his negativity and to step back slightly from that situation. But in the end I stayed and carried on with the conversation, and I kept smiling as much as possible, quite on the contrary, communicating my happiness to be on the track and live this way. 

Je montai ma tente entre les arbres, un peu à l’écart de l’abris où il s’était installé pour la nuit. Le lendemain matin, il était prêt juste avant moi et fit un petit détour par là où je remballais mes affaires avant de partir, pour me dire au revoir. Il était tout à coup rayonnant, comme reposé et apaisé après sa nuit, et il me dit simplement que j’avais raison de voyager et de randonner, que je ne le regretterais jamais et que cela avait été sa force et son meilleur refuge à travers toutes les situations difficiles de sa vie. Puis il partit avec un grand sourire que je ne lui avais pas vu la veille, me laissant là interloquée. J’y réfléchis pendant les premiers kilomètres de la journée et me rendit compte à quel point il était facile de se fermer aux autres autour de nous par crainte. Alors qu’il ne présente aucun risque, juste un peu plus de patience et d’intention, de s’ouvrir et de contribuer à aider des étrangers dans des moments un peu plus difficiles pour eux. Le pouvoir des mots, de l’attention donnée à quelqu’un, de l’attitude adoptée, peut changer, même légèrement, le niveau de bien-être de ceux qui nous entoure. Je me promis de m’en souvenir, et de ne jamais sous-estimer mon propre impact dans ce genre de situation.

I set up my tent between the trees, a bit away from the shelter where he was ready for the night. On the next morning, he was about to leave but he made a little detour to where I was finishing to pack, to say bye. He was suddenly shining, seemingly rested and more peaceful after the night, and he simply told me that I was right traveling and hiking, that I would never regret it, and that it had been his strength and his best shelter through all the hard times of his life. And then he went with a big smile that I had not seen on the day before, leaving me here, quite in awe. I thought about it on the first kilometers of that day and realized how easy it was to close oneself to others around, by fear. Beside the fact that there is no risk, only some necessary patience and intention, to open oneself and contribute to help strangers in times that might be a bit harder for them. The power of words, of the attention given to someone, of our behavior, can change, even slightly, the level of well-being of those around us. I promised to myself that I would remember it, and to never underestimate my own impact in this kind of situation. 

Confiance en soi

Self confidence

Ce jour-là, j’avais décidé de passer un camping et d’aller directement au suivant, marchant un total de trente-trois kilomètres, alors que, jusqu’à présent, mes plus longues journées sur le Bibbulmun Track ne dépassaient pas les vingt-cinq kilomètres. Je passai une excellente journée, heureuse entre les grass trees dansant dans le soleil et les cacatoès n’arrêtant plus leur spectacle au-dessus de ma tête. J’étais légère, rapide, forte. Je peinais à reconnaître cette « Soph Wow » qui craignait les douleurs et le risque de devoir abandonner il y a encore peu…

On that day, I had decided to skip a campsite and go straight to the next one, hiking a total of thirty three kilometers, when, until now, my longest days on the Bibbulmun Track had never been over twenty five kilometers. I had a wonderful day, happy among the grass trees dancing in the sun and the cockatoos constantly giving me a show. I was light, fast, strong. I could barely recognize this « Soph Wow » who was fearing pains and to have to quit still not long ago…

Ne le dites à personne, mais je chantais sur le sentier, ce que je fis assez souvent dans les jours qui suivirent. Je suis chanceuse, je ne croisai jamais personne dans ces moments… Cela me donnait de l’entrain et me faisait l’effet d’une pause intellectuelle très apaisante… Me laissant l’esprit vide et l’être connecté à la nature autour de moi et à cette expérience dans toutes ses dimensions. Je venais aussi de passer les 700 kilomètres sur la randonnée, et marquai ce nouveau point de repère de mon avancée avec des feuilles mortes en même temps que je célébrais cet automne somptueux et ensoleillé dans la forêt.

Do not tell anyone, but I was singing on the track, which I have done quite often in the following days. I am lucky, I never passed anyone in these moments… It would give me some energy and would feel like a very peaceful intellectual break… Leaving me with an empty mind and a feeling of deep connection with nature around me and that whole experience. I had also just passed 700 kilometers on the track, and I marked that new step with dry tree leaves while celebrating this beautiful and sunny autumn in the forest. 

 

C’est ce soir-là au camping de Possum Spring, où j’étais entièrement seule, que j’eus une sorte de réalisation. J’étais sereine, heureuse, et confiante. Réellement confiante. Je venais juste de me rendre compte que je n’avais plus guère de place pour le doute et les craintes. J’allais atteindre la fin du Bibbulmun Track, et voir le panneau d’arrivée à Kalamunda après une ultime journée de marche. Il restait moins de 300 kilomètres, ce qui représentait quand même une distance certaine, mais je savais enfin que j’allais y arriver. La question était plutôt de savoir en combien de jours, et il était plutôt divertissant de lancer les paris sur ce point. Cette prise de conscience me remplit le coeur d’un sourire immense, et je sentis que je venais de passer un stade important et mémorable de mon aventure, qui me changeait pour toujours et que je pouvais prendre soin d’emporter avec moi partout ailleurs à l’avenir.

It is on that night at Possum Spring campsite, where I was all alone, that I had a sort of realization. I was serene, happy, confident. Really confident. I had just noticed that I had no much space left for doubts and fears. I would reach the end of the Bibbulmun  Track, and see the sign of the northern terminus in Kalamunda after a last hiking day. I still had a bit under 300 kilometers to go, which was still a great distance in itself, but I finally knew that I would make it. The question was more to guess how many days it would take me, which was rather entertaining. This realization filled my heart with a massive smile, and I felt that I had just passed a new stage, important and unforgettable, of my adventure, changing me forever, and that I could make sure to take with me anywhere in the future. 

Paix et familiarité

Peace and familiarity

La nuit suivante, j’étais à nouveau seule au camping et allumai un feu avec plaisir, dans une paix absolue entre les arbres et sous des étoiles scandaleusement brillantes et nombreuses… J’étais connectée à tout, et m’émerveillais avec émotion de tous les phénomènes que j’avais le privilège d’observer dans ce silence, comme ce kookaburra curieux qui s’approcha à quelques mètres de moi, silencieux, majestueux, et repartit sans un bruit, n’offrant son chant qu’à l’heure convenue, comme chaque soir et chaque matin, avec ses confrères. Aujourd’hui, il n’y a aucun doute, le chant des kookaburras manque à mes journées, remplacé par celui des moteurs de voitures et d’autres bruits artificiels, à Perth… La lueur du feu et la lumière blanche de la lune et des étoiles manque à mes soirées, remplacées par les ampoules électriques qui ne m’avaient jamais parues aussi agressives que dans les derniers jours. Se réveiller dans le bruissement des feuilles, l’obscurité et le froid de la forêt, avec comme seule attente celle de la sensation brûlante du thé dans ma gorge puis l’énergie du matin venant magiquement éveiller mes muscles et porter mon corps sans peine aucune pendant les huit premiers kilomètres environ, tout cela manque, remplacé par une première prise de contact entièrement virtuelle avec mon monde, à travers l’écran de mon téléphone… Cela ne fait qu’une semaine que l’aventure est terminée, et il me semble déjà que tout cela appartient à un passé devenu presque mystérie