Mon premier GR : le Chemin de Stevenson – GR70

Chemin de Stevenson - GR70

Il était temps ! Après avoir randonné du Nord au Sud de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, et même avoir marché 1000 km le long du Bibbulmun Track, j’ai enfin parcouru mon premier GR français : le Chemin de Stevenson, ou le GR70 !

Randonnée sur le Chemin de Stevenson

Le Chemin de Stevenson… à ma façon

Le Chemin de Stevenson, je l’avais en ligne de mire depuis un moment… Parce qu’une fois rentrée en France après plusieurs années de voyages, je savais que la sensation de la marche en itinérance allait me manquer. Ce bonheur de vivre avec le strict minimum, porté sur son dos, et de marcher dans la nature, était l’une des plus belles découvertes issues de mes vadrouilles. Et finalement, j’avais la France entière à découvrir à présent ! Une pandémie plus tard et menant une vie personnelle désormais bien plus « posée », j’ai commencé à avoir de sérieuses fourmis dans les jambes, que les quelques balades à droite et à gauche ne suffisaient plus à calmer.

Alors soudainement, à la fin de cet été 2021… Le moment était venu de découvrir le Chemin de Stevenson, et d’aller marcher 2 semaines avec mon sac sur le dos, « comme au bon vieux temps ». J’ai embarqué tout mon matos de camping, et de quoi être la plus autonome possible, c’est-à-dire « un peu » trop de nourriture… Résultat, un sac de presque 19 kg (tout compris, avec 1,5 L d’eau). Oui, c’était peut-être un peu trop lourd, et presque chaque randonneur que j’allais croiser allait me le rappeler… Mais j’avais déjà vécu l’expérience, et j’avais confiance dans ma capacité à porter ce sac.

Premier jour sur le Chemin de Stevenson - mon sac à dos

Peu après, j’étais dans le train à admirer les paysages magnifiques par la fenêtre, direction le Puy-en-Velay, où j’avais réservé un lit dans une petite auberge de jeunesse. Je me sentais si bien, à feuilleter mon Topo Guide sur le Chemin de Stevenson et à me projeter sur les sentiers de ce GR… Ma soirée au Puy-en-Velay fut à la fois apaisante et excitante, entre les rues de cette ville étonnante avec sa vierge énorme et son église hissées étrangement sur des sortes de pitons rocheux… J’étais sur une terre volcanique, prête à commencer une nouvelle aventure ! Je n’avais réservé que ma première nuit dans un gîte, pour démarrer tranquillement, et ensuite, j’avais décidé de me laisser porter, et d’aviser !

Eglise du Puy-en-Velay sur son piton rocheux

Le Chemin de Stevenson : apaisant mais plus exigeant qu’il n’y paraît

C’était parti ! Je me suis vite retrouvée à chercher des yeux, tout naturellement, l’indication blanche et rouge du GR. Et à ma grande surprise, elle était partout, au détour de chaque virage… Difficile de se perdre sur le Chemin de Stevenson, et j’ai vite compris que je n’étais pas la seule à le parcourir, malgré la fin des vacances scolaires ! Alors oui, c’est un GR très connu, et qui rencontre un vrai succès. C’est assez compréhensible, tant il semble adapté à de nombreux profils de randonneurs, chacun s’organisant à sa manière. Beaucoup marchent avec un petit sac, et réservent en demie-pension chacune de leurs nuitées.

Indication Chemin de Stevenson

Je me suis vite remise dans mon quotidien de vadrouille, et j’ai laissé le chemin se dérouler sous mes pas, bien plus vite que je ne l’avais envisagé. J’étais motivée, en forme, bien décidée à avancer. Et c’était fou de réapprendre à quel point tout peut changer au fil d’une seule journée de marche. Combien les premières heures sont presque toujours délicieuses alors que celles qui s’étirent dans l’après-midi peuvent être douloureuses. Combien mes pensées peuvent passer de calculs de guerrière pour finir le GR en un temps record à la certitude que je vais abandonner le lendemain… Et chaque soir, tout est remis à zéro. De subtiles facteurs amènent leur lot d’émotions contradictoires : la joie de quelques mûres à grignoter sur le bord du chemin après une montée interminable, la vue du joli village de Goudet et son château, la gentillesse des hôtes d’un gite ou des randonneurs rencontrés… Et en particulier, ce malin plaisir de trouver « le » bel endroit pour poser sa tente le soir ou pique-niquer longuement le midi…

Vue sur le château de Goudet

Et puis il y a des rencontres qui font très chaud au cœur, comme celle, furtive, du monsieur dans un virage qui prenait en photos un village où il avait passé les étés de son enfance. C’est lui qui m’a conseillé de bivouaquer au château de Luc, protégée du vent par ses derniers murs et sous le regard de la vierge Marie… J’ai suivi son conseil, et j’étais tellement bien ! Il y a eu de nombreux marcheurs avec qui j’ai échangé quelques tranches de vie, en se donnant mutuellement des forces pendant quelques kilomètres… Et puis il y a eu Cyrielle, qui est apparue de nulle part le troisième soir, alors que j’avais posé ma tente dans une prairie, fatiguée de chercher un spot adéquat. Elle faisait le chemin dans l’autre sens, et elle avait la même silhouette de fille-seule-qui-bivouaque que moi. Elle aussi avait vécu en Nouvelle-Zélande, et on s’est vite trouvées mille points communs qui nous ont fait un bien fou, pendant les quelques heures partagées à côté de nos tentes… J’ai repensé à elle les jours suivants, essayant de visualiser où elle devait être, puisque j’y étais déjà passé.

Bivouac sous la vierge Marie, château de Luc

Le 5ème jour de marche est arrivé. Cela faisait 3 nuits que je bivouaquais. Mon corps devenait plus fort, mes douleurs se déplaçant pour me signifier qu’elles n’avaient pas non plus l’intention de stagner quelque part pour m’empêcher d’avancer. Mais j’étais fatiguée, et j’avais déjà bien crapahuté… Vers midi, j’ai appelé un hôtel au hasard à Chasseradès, et j’ai réservé une petite chambre privée… Le luxe ! Et c’était juste parfait ! Je suis arrivée tôt, j’ai eu le temps de faire une lessive, de me reposer, de papoter avec le gérant, tellement sympa… Le lendemain matin, je suis repartie comme neuve, avec un moteur sous chaque pied…

Lumière du matin à Chasserades

Une arrivée grandiose dans les Cévennes et sur le Mont Lozère

Jour 6… Le monde m’ouvre ses portes à nouveau… Comment expliquer cette sensation de fluidité, de force tranquille, de confiance, d’appréciation infinie, de dégustation savoureuse de chaque minute, chaque détail à observer, sentir… Le corps vole, sans douleur, sans véritable poids à porter (comme si le sac à dos s’était un peu intégré au reste de mes membres pour y prendre sa place paisiblement). Les kilomètres défilent et je les admire, je me sens présente, heureuse, à la maison. Et j’ai de quoi l’être… Cette journée de 30 kilomètres m’amène jusqu’au Parc National des Cévennes, jusqu’au Mont Lozère et ses tapis de bruyères, puis jusqu’à cette vallée magique entre Finiels et le Pont-de-Montvert. La météo est parfaite, et mon énergie est à son comble. Je trouve toujours magiques ces journées où tout nous semble possible, et où, en même temps, on n’a besoin de rien, juste d’être présents et de pouvoir admirer ce qui se présente à nos yeux.

Tapis de bruyère et sapins en haut du Mont Finiels

Le lendemain, la grisaille m’a rattrapée petit à petit, mais j’avais encore de superbes paysages à traverser devant moi, qui valaient l’effort à fournir ! Et puis, les dernières heures de la journée se sont étirées dans une descente douce mais interminable entre de hauts sapins obstruant toute autre vue, sur un chemin large et quelque peu monotone… Et mes petits pieds ont recommencé à geindre… Jusqu’à ce que j’atterrisse à Bédouès, décidée à ne plus faire un pas de plus avant le lendemain (et partant néanmoins me balader à la tombée de la nuit, sans le poids du sac…)

Bedoues, de nuit

La fin du voyage

M’étant offert le luxe d’un hébergement en dur pour la nuit, je pensais repartir fraîche le lendemain, et parcourir les 3 ou 4 derniers jours de marche en chantonnant… Mais dès les premières heures de ce 8ème jour de marche, les kilomètres m’ont semblé d’une longueur intolérable. Paradoxalement, j’ai marché plus vite que jamais, obsédée par l’idée de poser mon sac et d’atteindre l’objectif du jour. Mais l’après-midi arrivant, c’était assez clair : mes genoux devenaient vraiment douloureux, mes pieds aussi, et je ne prenais plus de plaisir. Quelques averses, un kilomètre hors du chemin par mégarde et une déviation pour travaux plus loin, j’ai rendu les armes. J’ai planté ma tente à Cassagnas, et me suis renseignée sur les horaires du bus qui pouvait me ramener à ma voiture, garée 60 km plus loin…

J’avais parcouru 200 km en 8 jours, j’avais eu le temps de vivre, de respirer un air apaisant, de savourer l’inutilité globale (en apparence) et oh combien précieuse de la marche… J’étais tellement prête à rentrer chez moi ! Une fois au volant de ma voiture le lendemain, j’ai souri… C’était la première fois que la fin d’une randonnée de plusieurs jours n’était pas un supplice. La première fois que j’appréciais autant de rentrer que d’être partie. Étais-je en train de trouver un début d’équilibre ?

Fleur violette dans la lumière

Comme à mon habitude, j’ai préparé un petit album photos pour les plus curieux, à découvrir en suivant ce lien !

Et pour les détails pratiques (distances, finances…), c’est juste en-dessous ! Bon chemin à ceux qui s’apprêtent à partir !

Forêt lors d'un jour de marche

Mes étapes sur le GR70 en un coups d’œil, et quelques détails pratiques

  • Jour 0 (26 août 2021) :
    • Trajet jusqu’à Alès en voiture, garée au parking gratuit et fermé la nuit à droite de la gare.
    • Billet SNCF d’Alès au Puy-en-Velay : 33,40 € –> 14h53 – 18h02 Alès – Saint-George d’Aurac en train (trajet magnifique !) puis 18h07 – 18h59 bus jusqu’au Puy-en-Velay
    • Le Puy-en-Velay : Auberge Les Tables : 19 €
  • Jour 1 :
    • Le Puy-en-Velay – Monastier-sur-Gazeille : env. 20 km, 700 m déniv +, 432 m déniv –
    • « Les Gens Dorment » gîte (dîner, nuit, petit-déjeuner) : 38 €
  • Jour 2 :
    • Monastier-sur-Gazeille – 3 km après le Bouchet-Saint-Nicolas : env. 27 km, 831 m déniv +, 623 m déniv –
    • Bivouac dans un petit bout de prairie entre les champs
  • Jour 3 :
    • 3 km après le Bouchet-Saint-Nicolas – environs de Brugeyrolles = env. 27 km, 481 m déniv +, 654 m déniv –
    • Bivouac dans une prairie
  • Jour 4 :
    • Brugeyrolles – Luc : env. 23 km, 619 m déniv +, 601 m déniv –
    • Bivouac au château de Luc
  • Jour 5 :
    • Luc – Chasseradès : env. 22 km, 671 m déniv +, 589 m déniv –
    • Hôtel « La Source » : nuit + lessive + 1 bière « Le Stevenson » : 50 €
  • Jour 6 :
    • Chasseradès – Finiels : env. 31 km, 1169 m déniv +, 1144 m déniv –
    • Camping de Finiels : 7 €
  • Jour 7 :
    • Finiels – Bédouès : env. 29 km, 748 m déniv +, 1388 m déniv –
    • Camping « Le Chantemerle » : 50 € pour un « pod » (mais un emplacement en tente près de la rivière aurait suffit, j’ai craqué par fatigue).
  • Jour 8 :
    • Bédouès – Cassagnas : env. 23 km, 409 m déniv +, 326 m déniv –
    • Camping de l’ancienne gare de Cassagnas : emplacement tente + dîner buffet du randonneur : 27 €
  • Jour « 9 » (4 septembre 2021) :
    • Bus Cassagnas à Alès : 1h, 2 €
    • Retour en voiture avec le genou droit en vrac
  • –> Total d’environ 200 km parcourus sur le Chemin de Stevenson. Il m’en manquait environ 60 et 3 jours de marche pour le finir jusqu’à Alès. Mais la fatigue et un genou en vrac ont eu raison de moi, et l’envie de rentrer a pris le dessus, sans regret !
Cairns dans le vent sur le Chemin de Stevenson

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France

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2 Comments

  1. 1

    bonsoir je viens de lire votre parcours nous l avons fais puy en velay chasserades avec mon mari fin août c est vrai cette rando est magique et envoûtante ça me manque le reste du parcours sera pour l année prochaine hâte et bravo à vous

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